Vaiana

Petite sortie ciné du week-end, direction Vaina (valeur sûre : les enfants aimeront et nous on passera un bon moment, vu les prix des places, on chipote pas).

Bon, les images époustouflantes de la bande-annonce nous avaient titillé…

Oui bon ok, j’aime bien les Disney !

Et je n’ai pas été déçue par celui-là, olalala non! (d’où ma grosse envie d’écrire à ce sujet !)

Je ne vais pas me lancer dans la critique-ciné, j’vous rassure tout de suite. Ce qui m’a transporté, ce sont les multiples symboles de l’initiation féminine (on est sur sheartswild tout de même !)

Ils sont nombreux, ils sont profonds. Alors, oui, je sais bien qu’il était écrit partout que Disney continuait son changement de cap avec des princesses qui pensent à autre chose qu’à leur prince et que là, il était question de réalisation individuelle. Il a même été dit que c’était un récit initiatique, je n’invente rien !

Oui, oui, oui à tout ça…

Moi, j’ai juste eu envie d’en savoir plus !

A quoi correspond cette histoire dans l’universalité féminine ? Car, comme tout conte initiatique, il y a plusieurs degrés de lecture…

J’ai donc tapé dans mon moteur de recherche (ecosia, histoire de nourrir ma fibre virtuel-écologique) ces mots-clefs : vaiana + initiatique .

Les résultats pleuvent et je choisis une petite dizaines de pages… chacun en va de sa petite phrase « Vaiana, le conte initiatique de Disney, blablabla » mais impossible d’en savoir plus…

Grande fan de Clara P. Estès, Markus Kraneburg et autre Marie-Luiz von Franz, je reste naturellement sur ma faim !

Alors, j’ai décidé de faire ma propre interprétation. Je ne suis pas une spécialiste, mais j’avais envie de mettre en pratique mes mini-connaissances en me laissant guider par la chronologie du film (et donc : SPOILER ALERTE).

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L’histoire commence par une histoire (INCEPTION !!!!!!!) où une grand-mère raconte la cosmogonie de son peuple à la nouvelle génération (qui porte encore des couches) sans oublier les petits détails qui font frémir les jeunes (et qui inscrit la légende à jamais dans leurs esprits !!) Il est question du coeur d’une déesse (représenté par une pierre) qui a été volé et perdu. Le souci, c’est que la déesse, privée de son coeur n’est plus capable de créer, ni d’assurer la subsistance de ce qu’elle a déjà créé…  bref, on va vite se rendre compte que sur la belle île, la nourriture va venir à manquer. Mais pour le moment, la vie est encore florissante.

Vaiana, tenant à peine sur ses pieds, part à la rencontre de l’océan. Il semble l’appeler et elle va y répondre avec l’enthousiasme d’un enfant. Il s’agit du premier appel que l’on rencontre dans tous les récits initiatiques.

Mais cet élan (l’océan va offrir à Vaiana le coeur disparu de la Déesse) tourne mal. Très vite, ses parents arrivent et, au nom de sa sécurité (et des visions qu’ils portent pour elle), l’emporte au village. Le lien du sang est fort ici et éloigne l’héroïne de sa réalisation… pour le moment ce n’est pas très grave, Vaiana n’est qu’un bambin qui a encore besoin de leurs soins. Elle a doit grandir…

Seule, la grand-mère, symbole de la sagesse va reconnaître la signification de la pierre et recueillir le coeur de la Déesse. Elle va le garder secrètement pendant des années.

Retranscrit sur le plan de la conscience (c’est à dire que chaque personnage de l’histoire représente une partie de nous-même) cela signifie que nous succombons à notre besoin de sécurité (notre ego qui voit le danger partout) mais que la sagesse en nous, garde le trésor offert de ce premier appel, bien au fond.

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L’héroïne grandit et arrive à l’âge des choix… rester dans ce que la société a décidé pour elle (chef pleine de responsabilités) ou poursuivre cet appel qu’elle seule peut entendre ?

Une héroïne n’est une héroïne que si elle y répond ! Alors, elle désobéit, prend une pirogue… mais ce n’est pas aussi simple qu’elle le croyait! C’est même très difficile, risqué, dangereux… son innocence et sa naïveté qui l’avait poussé au-delà de sa zone de confort, se brisent. La première étape (la fin de l’innocence) est réalisée.

Pourtant, elle ne voit qu’un échec à cette tentative.

Elle a lancé son initiation. Elle a répondu à l’appel. Ce premier échec est le déroulement normal de l’histoire et la prépare à la première épreuve : celle de la peur.

Oh qu’il est facile d’oser quand on ne voit pas le danger !

Désormais, le temps de la naïveté est dépassé. Vaiana sait (elle a mordu dans la pomme la coquine !)

Et que faire désormais ? Accuser le choc !

Elle va retourner dans sa zone de confort : son village, ses parents.

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Elle va même commencer à endosser son rôle et ignorer sa petite voix qui l’amenait continuellement vers l’océan. Ce n’est qu’un murmure après tout et il est facile de le zapper.

De nombreux héros vont ainsi ignorer encore et encore ce murmure qui finit par s’éteindre. La grande histoire finit là.

Après tout, le père de Vaiana a aussi été un héros. Il a reçu aussi l’appel et s’est lancé (vers la barrière de corail), a perdu son innocence (la mort de son ami). Son chemin de réalisation personnelle ne le mènera pas plus loin… le héros ne peut affronter ses peurs et renonce à l’aventure.

Va-t-il en être de même pour notre beauté polynésienne ?

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Car à cette peur, s’ajoute encore un autre obstacle : le lien du sang.

Dans l’histoire, ils sont forts. Ses parents sont en vie, ils sont aimants. Vaiana n’est pas une Cendrillon ou une Marie d’or qui a une marâtre facile à quitter. Pourtant, le lien ne sera pas cassé par le décès de ces derniers.

C’est la grand-mère, ce symbole de la sagesse dans ce conte est aussi celui de la femme sauvage. Elle est après tout la douce dingue, qui se permet de danser pieds nus dans l’océan.

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Ce n’est pas le lien qui la tenait au monde traditionnel qui se brise. Mais paradoxalement, celui qui la maintenait au monde sauvage, au monde de la femme. Elle aurait pu se reposer longtemps sur sa grand-mère pour nourrir son âme, encore un peu, de cette nature féminine authentique. Il aurait été plus simple de vivre sa vie de chef auprès de cette grand-mère, véritable portail vers la femme sauvage !

La grand-mère est malade. Le portail peut se refermer à tout jamais. L’appel va tout simplement cesser. La petite voix, se taire à jamais.

Mais Vaiana sent que la fermeture du portail serait la mort anticipée de son âme… c’est un choix extrême qu’elle soit faire : tuer sa femme sauvage ou tuer son ego (sa peur et son besoin de sécurité sont des barrières dressées par son ego, ultimes défenses pour ne pas mourir !)

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Et elle choisit de saisir ce dernier appel !

Si cela peut paraître effrayant, il faut savoir que le saut dans l’aventure, dans l’inconnu ne se fait pas seul.

D’ailleurs, à peine s’est-elle lancée, que l’esprit de la grand-mère la rejoint. La femme sauvage passe d’une forme à une autre pour pouvoir accompagner celle qui a eu le courage.

Eh oui, les aides et les guides qui agissent depuis l’autre monde (les muses des anciens grecs) s’offrent à ceux qui répondent à l’appel. Et tout de suite ! La grand-mère agit dès les premières secondes de son départ en aide précieuse (le franchissement de la barrière de corail). Sans leurs aides invisibles, il est presque impossible de naviguer dans les contrées houleuses de notre inconnu.

Et finalement, Vaiana est aidée par le principe féminin même (la grand-mère mais aussi l’océan, oh combien féminin dans la plupart des cosmogonies) pour aider le principe féminin (remettre son coeur à la Déesse !)

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Et zou, maintenant je vous emmène dans le domaine passionnant des chakras ! Bien entendu, il y a le coeur (la pierre qui SURPRISE ! est verte comme le chakra du coeur !!!!!!) qui sert à ????

Oui, bien sûr à aimer 🙂

Mais, ici, plus particulièrement, on va nous donner une information bien moins connue sur le chakra du coeur.

Car sans cette pierre, que se passe-t-il ? Cela est plutôt terrifiant, puisqu’elle empêche la déesse de créer et de maintenir en vie…

Donc, le chakra du coeur serait relié à celui de la créativité. Il suffit de comprendre que sans l’élan du coeur, toute création (de l’enfantement à la finalisation d’un projet artistique) qui ai un sens est impossible (et je n’ai pas emprunté cette phrase à un roman Arlequin, promis !)

Vaiana part donc à la découverte de ses chakras et de leur liens (qui est aussi une des étapes de l’initiation.)

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Mais bien entendu, la route ne sera pas facile. Il faudra franchir des jalons.

Pour commencer, l’héroïne va devoir trouver son animus (son masculin sacré) personnifié par le demi Dieu Maoi.

Celui-ci est retrouvé, mais il n’est pas encore agissant… il lui manque son outils sacré pour pouvoir servir fidèlement la vision féminine (précisons que l’inverse se fait pour l’initiation masculine. L’homme doit trouver son anima pour servir ses actes).

Pour rendre l’animus de l’héroïne actif, elle devra oser la descente (on voit ce moment dans la bande annonce !)

La descente… est l’autre nom de l’initiation féminine.

Dans Vaiana, la descente est symbolisée par… un plongeon littéral (facile à reconnaitre donc.)

Et où ?

Dans l’inconnu pardi !

C’est Maoi qui saute en premier (logique, c’est la part agissante mais aussi planifiante de notre héroïne) et tous deux arrivent dans le monde des monstres, situé SOUS l’océan.

Et oui, l’initation, passe toujours par ce moment où l’héroïne traverse le miroir. Elle va faire une petite visite dans l’autre monde, le monde des morts, comme d’autres héros et héroïnes avant elle (Perséphone et Orphée notamment). C’est le coeur des mystères initiatiques…

Là-bas, ils affrontent paradoxalement le monde incarné, le monde matériel (tout ce qui brille). C’est l’attaque de la dernière part d’ego qui veut encore et encore une vie bien tranquille (mais où toute créativité se meurt). L’arme de l’animus est caché parmi tout ce bling-bling… et le coup fatal est donné. Le couple remonte, vainqueur d’une épreuve de plus.

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Il reste le but ultime de leur aventure : trouver la Déesse.

C’est là, encore et encore, que la volonté de chacun sera mise à l’épreuve. Mais c’est là aussi que chacun apprendra de l’autre : l’intelligence du masculin qui servira au féminin à apprendre à naviguer vers sa vision (c’est-il pas beau) et à sa partie masculine, d’oser regarder les évènements douloureux du passé et les intégrer (en y répondant de façon émotionnelle).

Durant le trajet, l’héroïne apprend également à connaître ses ancêtres (un des apprentissages clef de l’initiation féminine !) dont les connaissances incroyables ont été perdu par les dernières générations (le père qui ne s’est pas réalisé.)

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La navigation se poursuit et ils arrivent devant le monstre de lave (Hécate), digne symbole de notre zone d’ombre. Tout ce chemin pour finalement se trouver nez à nez avec cette puissance monstrueuse. Le héros s’y attendait, il en avait même peur (au point d’abandonner à servir le féminin en se tirant !!!!)

Et oui, il n’est pas facile de voir son ombre et de l’affronter ! C’est même l’épreuve la plus difficile ! La première fois que nos héros rencontrent le monde des ténèbres, le choc est terrible. Au point de se séparer.

Quelle vision affreuse que cette part d’ombre que nous possédons tous. Elle contient tout ce que nous avons rangé que nous ne voulions pas voir sur nous-même. Toutes nos peurs. Toutes nos faiblesse. Tous nos échecs. Tous nos abandons. Tous nos défauts. Tous nos manques.

Tout ce que nous n’avons jamais voulu affronter et que nous avons éliminer de notre vue pour affermir notre ego (et rester des personnages tout-beau-tout-brillants, des personnages PARFAITS en sureté dans leur zone de confort !)

Et voici le moment de regarder TOUS NOS DÉCHETS en face.

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La volonté est mise encore une fois à l’épreuve (encore et encore !) Soit il va falloir renoncer, soit il faudra continuer et rencontrer encore notre part d’ombre. Quel choix difficile ! Mais nous ne sommes pas seuls face à l’épreuve. Le monde spirituel est plein d’aidants sur lesquels les héros peuvent compter. Et nous avons toujours notre libre arbitre pour décider de faire machine arrière, ou de prendre une pause. Vaiana décide de continuer car elle se souvient enfin de qui elle est (une déesse incarnée, comme chacune d’entre nous, rien de moins !) et ELLE EST simplement.

Ici encore, l’héroïne se lance et dépasse son ombre. Elle est de l’autre côté de la barrière. Mais au lieu d’y trouver la victoire tant attendue, il n’y trouve rien.

RIEN.

Elle se rend alors compte que c’est dans sa part d’ombre que se trouve le but de sa mission.

Elle se retourne encore une fois. Elle demande l’aide de son guide océan pour accomplir son dernier geste. Elle est sûre d’elle. Cette fois, c’est même elle qui appelle son ombre !

Lors du face à face, aucune d’elle ne flanche. L’héroïne n’a plus peur. Elle a compris.

Elle remet son coeur à la déesse.

Elle a découvert, que l’or est DANS le monstre.

Elle a découvert que le monstre EST la déesse.

C’est le secret de vie-mort-vie que seules les femmes peuvent détenir. D’ailleurs, on peut noter qu’à ce moment précis, le principe masculin est écarté.

C’est aussi un savoir ancien (notamment en Inde) où la déesse a plusieurs visages. Celle de la créatrice, mais aussi celle de la destructrice (Kali). Ce sont ces deux ensembles REUNIS qui forment la véritable essence de la Déesse.

A ce stade l’héroïne a compris cette vérité essentielle et au lieu de combattre sa part d’ombre, elle l’accepte et lui remet même son coeur (vous donneriez-vous votre coeur à un monstre??) Quelle confiance  ! Quel acte de sagesse !

Instantanément, la Déesse se révèle. Vaiana l’a trouvé… elle est au bout de son initiation !

Que lui reste-t-il à faire ?

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Et bien… elle pourrait tout à fait rester là, dans le summum, dans l’illumination ! Mais c’est un être incarné, elle doit donc retourner chez elle 😉

Ce n’est pas une étape à négliger ! Elle est aussi difficile que toutes les autres… détentrice de tout ce savoir, étant partie contre l’avis de tous, comment revenir dans le monde matériel ? Comment les autres pourront-ils jamais la comprendre ?

La légende de Bouddha raconte bien les difficultés de ce dernier à repartir dans le « vrai » monde.

Pourtant, elle embarque pour le voyage du retour, retrouve avec bonheur ses parents, son île. Elle a accomplit le grand voyage de sa vie.

Youpi.

Mais elle ne va pas rester à bronzer, non ! Elle va pouvoir assumer totalement qui elle est : la femme sauvage et l’animus (qu’on entrevoie à la fin) poursuivent, en elle, sa grande vision créative AVEC les siens.

WAOUH.

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Vaiana n’est donc pas qu’un joli conte polynésien aux belles images.

C’est un VRAI récit initiatique FEMININ (et ils sont peu nombreux…)

Alors, oui, je dois bien le reconnaître, ce n’est pas l’histoire initiatique la plus difficile à interpréter (je ne me serai jamais frotté à l’exercice si les codes n’avaient pas été aussi clairs). On est loin des textes d’initiés du genre de ceux de Moïse (pour qui l’initiation était réservée à de rares élus, merci la Genèse incompréhensible).

On est bien dans l’ère de la vulgarisation des mystères !

Entamée par Pythagore (qui les a rendu publics à travers son académie) puis par Platon (premières traces écrites n’utilisant plus d’obscures symbolisme hiéroglyphiques : voir le Timée) nous passons donc par un nouveau chemin : celui des dessins-animés pour enfant…

Comme si les guides de l’autre monde donnaient les jalons d’individuation aux futures générations, façon 2.0.

Comme si, Disney dépassait l’ère bling-bling pour servir de hautes connaissances oubliées (sans en massacrer le sens comme Cendrillon, la Belle aux bois dormant ou encore la petite Sirène).

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Vous connaissez maintenant la voie : aller au-delà de vos peurs, de vos échecs, comptez sur vos aides spirituels, rencontrez votre animus, affrontez vos côtés sombres, vous souvenir de qui vous êtes (des Dieux incarnés et oui!) et ouvrez votre coeur pour retourner guider votre monde. Soyez une héroïne à votre tour.