Traduction du conte DEER de Carolyn Hillyer

Carolyn est la créatrice de merveilleux contes des landes, issus des femmes de sagesses peintes et qui tissent leur vie avec créativité. Retrouvez son travail sur seventhwavemusic.

Je travaille chaque mois avec l’énergie d’un de ses contes, que je traduis pour en saisir toutes les dimensions. Je me propose ainsi de partager avec vous, un conte original et sa traduction, un par mois, en fonction de mes orientations.

 

 

Ce mois-ci, il s’agit du conte de « la rêveuse des bois sauvages. »

Pour moi, cette mère verte et sage, est l’image de la femme sauvage que je possède dans mon âme. Elle danse à travers les bois. Sa peau est verte et marquée par ses aventures. Elle n’est pas brute mais primordiale, profondément délicate. Elle nous attire dans les bois pour nous montrer à quel point, dans cet endroit sauvage de notre inconscient, nous sommes nourries, en sécurité et capable de faire grandir nos plus beaux désirs. 

Je la rapproche énormément de mes femmes sauvages, dont les bras sont des branches et qui dansent dans un tourbillon fertile :

 

 

Voici l’original et sa traduction :

 

SON FIL

Cette histoire dirigée par des fées a toujours commencé par des mots de mises en garde: « méfiez-vous des amoureux qui viennent du bois vert, prenez garde aux grelots. »

Les jeunes gens riaient; les plus vieux roulaient des yeux secrètement, avec méfiance.

La conteuse s’adoucissait et entrait dans le bois sauvage : « là, vivait une créature. Elle n’était pas entièrement femme en forme mais elle n’était pas non plus lynx ni loutre, même si elle rôdait comme l’une et se glissait rapidement comme l’autre. Surtout, elle sautait à travers les ombres vertes, comme les cerfs. Elle courait souvent près des sentiers longeant les bois et pouvait être aperçue nue, à moitié cachée, un étrange feu follet sans nom. Sa peau aqueuse semblait teintée comme des feuilles mais cette couleur provenait de la masse de marques enroulés qui s’étaient érodés sur son corps avec le temps. Il y avait des voyageurs qui l’avaient vue danser mais pas beaucoup, et leur récit était convaincant mais vague. Comme elle avait dansé dans cette clairière! Un tourbillon de pas fins, un miroitement sans entraves, un scintillement argenté! Ils étaient en effet charmés, ces chanceux voyageurs, attirés et retenus, pris dans les hauteurs et le mélange de sa danse, jusqu’à ce qu’elle se dissolve dans l’enchevêtrement de bois sauvage.

La conteuse soupirait: « ne souhaitez pas qu’une danseuse des bois verts reste. Elle émerge d’un commencement beaucoup plus ancien que celui des humains, elle est venue dans la forêt dès le début, quand elle était sombre et primordiale et habitée par la seule énergie brute. Elle a dansé à travers l’hiver sans fin jusqu’à ce qu’il se souvienne des rythmes de la terre et en sorte quelque chose de nouveau sous sa main froide. Elle a dansé à l’est, pour la graine et son bourgeonnement, puis elle a dansé pour que la vie croisse et verdisse. Elle a sauté sur la lune comme un cerf sur la montagne, elle a dansé les mouvements rapides de l’eau et du vent. Ses doigts minces tissèrent le nouveau printemps dans les bois sauvages, qui s’éclaircirent et s’épanouirent et formèrent une ombre tachetée. Elle a regardé l’arrivée des coureurs sur piste, elle a entendu le rythme des premiers tambours joués à terre. Elle a couru avec le cerf qui a donné de la nourriture aux gens et a dansé leur retour en tant que nouveau-né. Puis, après des éons d’attente et des ères d’observation, elle vient enfin danser dans le rêve humain.

Le conteur avait presque fini: « le temps n’est plus qu’une lueur à l’intérieur du bois sauvage, une danse menée par un verdissement ne finit jamais.

Et ceux rassemblés à côté du feu d’hiver soupiraient et sombraient dans le long silence qui s’accrochait toujours à la queue d’une bonne histoire. La magie brute crépitait sur les bords du foyer. Tout près, dans le bois sauvage, une biche levait la tête. Elle regardait une ombre rapide qui dansait et tournoyait sur la terre humide.

SA TRAME

Lorsque les hérons s’envolent vers l’est, les femmes ancêtres se tournent traditionnellement vers la planification et l’entretien de leurs graines de jeune fille, partageant des cérémonies qui célèbrent les jeunes filles et la nouvelle vie. Elles font place à l’intérieur de leurs utérus pour toutes sortes de commencements et de potentiel. Leurs graines sont nées des rythmes les plus doux de la vie, au centre d’une promesse que ces femmes ont faite à la terre et à l’intérieur des expressions les plus folles de leur amour. Elles accueillent avec impatience les graines dont elles seront de bonnes gardiennes. Elles honorent également tranquillement les souvenirs d’enfance bercés dans leur propre âme. Plus tard, les femmes ancêtres tissent des initiations printanières pour toutes ces filles en pleine croissance, faisant le passage de la semence à la coureuse aux pieds nus, qu’elles appellent le verdissement.

Cette cérémonie attrape quelque chose de la vie naissante qui bondit à travers les lieux de naissance de la nature, partout dans les collines et les landes et les forêts. À cette époque, les femmes ancêtres célèbrent également le verdissement qui se manifeste à travers les idées, les visions et les projets: les graines de filles de leur splendide imagination créatrice. Le rêve de bois sauvage est largement référencé dans le mythe, le poème, le folklore, la peinture mystique et la prière des amoureux. C’est l’enfant capricieux qui danse dans l’esprit de tous ceux qui longent les lisières des forêts de la vie, et le cerf doux qui glisse furtivement à travers le paysage nocturne. Sans le rêve de bois sauvage enroulé sous sa peau, le voyageur oublierait la beauté des réalités enchevêtrées, imprévisibles et incontrôlables.

SON VÊTEMENT

Nous sommes comblés par vous, nous disent les femmes vertes en attendant notre maturation. « Quand tu es né de l’un », nous chuchotent-elles, « tu es née au plus grand nombre ». Elles nous rappellent que sur les genoux d’une mère du bois sauvage, nous sommes tenues par toutes. « Sentez-vous notre protection, nous demandent-elles, entendez-vous notre bénédiction? » Et elles forment une longue bobine de danseuses qui roulent doucement autour de nous, en spirale à travers des miroirs, encerclant le temps. Nous nous souvenons qu’au sein d’une mère du bois sauvage, nous sommes nourries par toutes. « Venez dans notre rêve, nous disent-elles, ce rêve est maintenant le vôtre. » Nous quittons donc les champs chauds où nos graines ont été semées pour la première fois et suivons la femme verte dans la nature, où nous voyageons à travers des années agitées et imprudentes et changeantes. Mais encore ces étranges mères parlent à nos oreilles: « vous êtes la vie et le rythme de tout ce que nous ressentons, vous êtes la promesse de la grâce naissante ». Mais nous marchons avec incertitude sur des chemins précaires. Et nous ne savons pas comment être assez fortes, assez courageuse, assez sages. Et nous avons été perdues dans nos aventures en forêt sauvage pendant des années. Pourtant les femmes vertes suivent nos pas de près et ce sont les mots qu’elles nous chantent: « tu es le mystère de l’amour dans sa poésie brute, tu es notre miroir et nous sommes la porte. » Ensuite, la peur fuit de nos cœurs lorsque nous regardons dans leurs yeux, car ces mères vertes ont confiance en notre courage et en nos âmes sans entraves. Elles atteignent nos mains alors que nous retournons dans la nature, puis nous nous mettons aussi à danser à travers des miroirs, encerclant le temps.

 

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HER YARN

Thie faery-led story always began with words of caution : « be wary of lovers who come from the greenwood, take heed of sweet bells. »

The young people would laugh; the older ones would roll their eyes secretly, warily.

The tale dreamer smoothed out her tale and stepped into the wildwood : « a creature lived there. She was not entirely woman in form but neither was she lynx nor otter, although she prowled like one and slipped fast away like the other. Mostly she leapt through green shadows like deer. She often ran close to the trails skirting the woods and might be glimpsed naked, half-hidden, a strange wisp of unamed elements. Her watery skin seemed tinted like leaves but that colour came from the coiled mass of markings that had weatheredall over her body with time. There were some travellers who had seen her dance but not many, and their recounting of this was compelling but vague. how she had danced in that glade ! A whirl of fine footsteps, an unfettered shimmer, a silver breight glitter ! They were charmed indeed, those fortunate wayfarers, drawn in and held fast, caught in the rise and the blend of her dance, until she dissolved back into the wildwood tangle. »

The tale dreamer would sigh : « wish not for a greenwood dancer to stay. She emerged from a beginning far more ancient than people, she came to the forest right from the start, when it was dark and primordial and inhabited by raw energy alone. She danced through the endless winter until it remembered the rythms of the land and released something new from beneath its chill hand. She danced to the east, for the seed and its budding, then she danced for the growing and greening of life. The she leapt for the moon like a deer on the mountain, she danced the quick motions of water and wind. Her thin fingers wove the new spring into the wildwoods, which lightened and blossomed and formed dappled shade. She watched the arrival of heron-track runners, she heard the beat of the first drums the played to the land. She ran with the deer that gave food to the people and danced their returning as newly-born young. Then, after aeons of waiting and epochs of watching, she danced at last into the human dream ».

The tale dreamer was nearly done : « time is no more than a glimmer inside the wildwood, a dance led by a greening never reaches the end ».

And those gathered beside the winter fire would sigh and sink into the long silence that always clung to the tail of a good story. Raw magic crackled around the edges of the hearth. Close by, in the wildwood, a deer raised her head. She watched a quick shadow that was dancing and whirling across the damp earth.

 

HER BRAID

When herons fly to the east, ancestor women have traditionally looked to the planning and care of their girlseeds, sharing ceremonies that celebrate small daughters and new life. They make place inside their wombs for all manner of beginnings and potential. Their girlseeds are born from the softest ryhtms of life, at the centre of a promise those women have made to the earth and inside the wildest expressions of their love. They eagerly welcome the girlseeds of whom the will be good gardians. They also quietly honour the memories of girlhood cradled inside their own soul. Later, the ancestor women weave spring initiations for all those growing girls, making the passage from seed to barefoot runner, which they call greening.

This ceremony catches something of the budding life that is bounding through nature’s birthing grounds, all over the hills ans moors and forests. At these times the ancestor women also celebrate the greening that is manifested though ideas, visions and projects : the girlseeds of their splendid creative imaginations. The wildwood dream is referenced widely in myth, poem, folktake, mystic painting and lover’s prayer. Is is the wayward child that dances within the minds of all who skirt the edges of life’s forests, and the soft-foot deer that slips stealthily across the night -time landscape. Without the dream of wildwood coiling beneath her skin, the traveller would forget the beauty of tangled, unpredictable and uncontrollable realities.

 

 

HER CLOTH

We are filled by you, the greening women say to us as they wait for our ripening. When you are born to the one, they whisper to us, your are born to the many. They remind us that in the lap of one wildwood mother, we are held by them all. Do you feel our protection, they ask us, do your hear our blessing ? And they form a long coil of dancers who roll soflty arouns us, spiralling through mirrors, encircling time. We remember that at the breast of one wildwood mother we are fed by them all. Come into our dream, they say to us, this dream is now yous. So we leave the warm fields where our seeds were first sown ans follow the greening woman into the wild, where we travel through restless and reckless ans quick-shifting years. But still those strange mothers speak into our ears : you are the life and the rythm of all that we feel, you are the promise of grace newly born. But we have been walking with uncertainty on precarious paths. And we are not sure how to be strong enough, brave enough, wise enough. And we have been lost in our wildwood adventures for years. Still the greening women follow our steps close behind and these are the words that they sing to us : « you are the mystery of love in its raw poetry, you are our mirror and we are the door. » Then fear flees from our hearts when we look in their eyes, for those greening mothers trust in our courage and unfettered souls. They reach for our hands as we turn back to the wild, then we too are dancing through mirrors, encircling time.