Silence

 

 

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SILENCE
LA FEMME CREUSE
ELLE RESTAURE LA GRÂCE DES VOILES PROTECTEURS
SON FIL
Les sœurs creuses savaient qu’il y avait un double avantage dans la tâche qu’elles entreprenaient. Le voile qui cachait une femme en toute sécurité pouvait aussi être le voile qui pesait lourdement sur son âme. Le voile qui lui donnait l’anonymat était aussi le voile qui pouvait lui enlever sa force. Le voile qui la protégeait était parfois le voile qui la condamnait. La sœur creuse disait, où pouvons-nous récupérer le pouvoir et la magie de nos voiles sacrés? Puis elles se tennaient
ensemble en silence et dessinaient les plis de leurs épais châles autour de leurs visages antiques. Elles savaient bien ce qui pouvait se cacher sous des voiles protecteurs. Il y avait de nombreuses fois où elles avaient marché, invisibles à l’intérieur de leur vêtement, vers des endroits où les femmes avaient besoin d’invisibilité pour les garder dans leurs vies périlleuses. Les sœurs creuses ont vu une femme qui dérivait trop passivement à l’intérieur de leur chagrin, ou qui faisait les cent pas dans une agitation angoissée, ou qui riaient avec folie sur le terrain. Ils ont vu des femmes qui se lamentaient qui jetaient leur voix hachée dans le ciel, ou qui regardaient simplement à travers de lourds rideaux de douleur serrés sur leurs yeux. Il y avait des femmes en détresse qui portaient sur le dos des bébés morts et des enfants qui saignaient et des amants brisés, de la terre brûlée et des prières étouffantes. Il y avait des femmes démantelées qui avaient tout perdu sauf l’air dans lequel elles vivaient et les ombres à leurs pieds. Il y avait des femmes désespérées qui s’étaient noyées sous les eaux tumultueuses de la douleur grise, ou qui avaient été lavés dans les deux sens sous un chaos de marées contradictoires. Il y avait des femmes ratissées par leur deuil, ouvertes en grand, déchirées en fragments et dissoutes. Où as-tu caché mon enfant brisé? ces femmes criaient, avec quelles ténèbres hantez-vous l’esprit meurtri de ma mère, avez-vous volé à ses lèvres mourantes la dernière prière de mon frère? Puis les sœurs creuses allèrent vers ces femmes, se déplaçant lentement parmi elles, ouvrant les bras pour les rassembler sous leurs voiles protecteurs. Elles témoignèrent des souffrances de ces femmes. Elles apportaient le silence à ces femmes. Et dans ce lieu de calme, avec les tissus dissimulés des anciennes sœurs enroulés solidement autour d’elles, les femmes affligées ont trouvé le repos et le refuge et le répit de leurs douleurs. Sous la protection des voiles, à l’abri des yeux de dieux voraces ou d’hommes de guerre impitoyables ou de régimes punitifs, les femmes affligées furent doucement restaurées. Grace leur fut rendue sous les voiles. La clarté était lissée dans leurs âmes. L’amour des sœurs creuses était bien plus féroce que l’acier cruel de n’importe quel dieu du feu de l’enfer. La force de leur protection était bien plus durable que l’avidité arrogante de toute horde rapace. De cette façon, les femmes récupéreraient la résilience, le pouvoir et la magie de leurs voiles sacrés.
SA TRESSE
L’endroit qui se creuse n’est défini que par le silence et se trouve au centre immobile de ce qui se termine, ce qui est et ce qui attend d’être. C’est le vide autour duquel tournent les changements, et le moment juste avant que le vide ne commence à se remplir. Au-delà de ce creux, il n’y a rien d’autre que l’immobilité qui suit la mort. Mais voici aussi la source de la restauration des femmes itinérantes, car dans ce endroit où les âmes sont récurées et grattées, dépouillées et parées et pelées jusqu’à ce qu’elles soient Vidées. Ensuite, le creux adoucit et polit ce qui a été dur et cru jusqu’à ce que les femmes soient lentement amenées au repos. Après cela, le temps passe sans les toucher. Le crâne d’ours incarne le mystère physique de la mort. Par l’ancienne coutume, il symbolise un bouclier qui garde les voyageurs à l’intérieur de l’endroit creux. La femme grise contusionne les âmes pour trouver le sommeil à côté du crâne, pour ramper dans son rêve protecteur jusqu’à ce qu’elles soient réparées et renouvelées. Elle puise également dans les vieux os de l’ours pour nourrir le rouge la graine bercée dans sa main un petit souvenir de la vie dans le vide. L’énergie urgente de nouvelles possibilités palpite dans sa forme minuscule. La lune invisible repose à l’intérieur de l’abri
ventre noir de la nuit. Il n’existe pas une trace de lumière dans le ciel. Il y aura un tournant, un moment où le flux recommence et la vie se souvient de continuer. Mais pour l’instant la femme voyageuse a confiance que le changement viendra. Elle attend et elle regarde la vie revenir le long de la route circulaire.
SON CHIFFON
Nous voyageons ensemble sur une route circulaire. Certaines d’entre nous portent des châles épais et sensibles tirés autour de nos têtes; certaines d’entre nous sont enveloppés de l’oreille aux pieds dans un plaid terreux; certaines d’entre nous ont des ailes de tissu chatoyantes drapées sur nos cheveux. Nous avons tous nos voiles et notre protection. Notre route circulaire continue et nos pieds avec elle. Cette route nous appelle de retour et de retour à la maison; des terres mortes, du triste silence et du monde sombre. Notre lune nous appelle en avant, autour de cet ancien sentier de lumière et de vie. La lumière renaît de nos ténèbres, notre mort se transforme en quelque chose de nouveau. Notre vide était toujours une illusion; dans ce vide nous tenons la source de tout. Nos ombres n’étaient jamais là pour nous combattre mais pour faciliter notre chemin. Une fois que nous avons été démembrés; maintenant nous nous souvenons. Où nous étions creusé, nous sommes en cours de restauration. Nous marchons du rouge au blanc au noir au gris autour du route circulaire et c’est notre chemin de puissance. Nous portons nos châles et nos carreaux et nos paillettes pliées près de notre corps; nous sommes protégés par eux mais ce n’est pas tout. Nous avons une cargaison inestimable dans nos soins: sous chaque voile protecteur, il y a une minuscule graine en coupe à l’intérieur de chaque sœur paume gracieuse. Pour l’instant ces graines dorment mais elles tremblent, et cet irrépressible l’urgence de la vie ne peut être arrêtée pour toujours. Nous ancrons cette prière de renouveau dans la route cyclique et l’offrons à notre lune. La continuité de la vie reste intacte. Nous savons que le changement est à venir. C’est le moment où notre cercle commence à tourner dans l’autre sens.

 

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SILENCE
THE HOLLOWING WOMAN
SHE RESTORES THE GRACE OF PROTECTING VEILS
HER YARN
The hollowing sisters knew there was a double edge to the task they undertook. The veil that hid a woman safely could also be the veil that weighed heavily upon her soul. The veil that gave her anonymity was also the veil that might take away her strength. The veil that protected her was sometimes the veil that condemned her. The hollowing sister would say, where do we reclaim the power and magic of our sacred veils ? Then they would stand
together in silence and draw the folds of their thick shawls around their ancient faces. They knew well what might be concealed beneath protecting veils. There were many times when they had walked, unseen inside their cloth, to places where women needed invisibility to guard them in their perilous lives. The hollowing sisters witnessed woman who drifted far too passively inside their grief, or paced about in anguished agitation, or ricjed with
madness on the ground. They saw lamenting women who threw their ragged voices up into the sky, or simply gazed through heavy curtains of pain pulled tight across their eyes. There were distressed women who carried on their backs dead babies and bleeding children and broken lovers and burnt earth and choking prayers. There were dismantled women who had lost everything but the air they lived by and the shadows at their feet. There were despairing women who had drowned beneath churning waters of grey sorrow, or
who were washed back and forth beneath a chaos of conflicting tides. There were women raked by their bereavement, cut wide open, ripped into fragments and dissolved. Where have you hidden my broken chlid? those women cried out, with what darkness do you haunt my mother’s bruised mind, did you steal from his dying lips my brother’s last prayer?
Then the hollowing sisters went to those women, moving slowly among them, opening arms to gather them beneath their protecting veils. They bore witness to the sufferings of those women. They brought silence to those women. And in that place of stillness, with the concealing cloths of the ancient sisters wrapped securely around them, the sorrowing women found rest and refuge and respite from their pains. Within the protection of the veils, shielded from the eyes of ravenous gods or merciless men of war or punitive regimes,
the sorrowing women were gently restored. Grace was returned to them beneath the veils. CIarity was smoothed into their souls. The love of the hollowing sisters was far fiercer than the cruel steel of any hellfire god. The strength of their protection was far more enduring
than the arrogant greed of any rapacious horde. In that way women would reclaim the resilience and power and magic of their sacred veils.
HER BRAID
The hollowing place is defined only by silence and sits at the still centre of what ends,  what is and what waits to be. It is the void around which changes turn, and the moment  just before emptiness starts to fill. Beyond this hollowing there is nothing but the stillness that follows death. But here is also the source of travelling women’s restoration, for in this place souls are scoured and scraped, stripped and pared and peeled away until they are
emptied out. Then the hollowing place softens and smoothes what has been harsh and raw until women are slowly brought to rest. After that, time passes without touching them. The bear skull embodies the physical mystery of death. By ancient custom it symbolises
a shield that guards travellers inside the hollowing place. The grey woman lays bruised souls down to find sleep beside the skull, to crawl into its protecting dream until they are mended and renewed. She also draws in from the old bones of the bear to feed the red seed cradled in her hand. a small remembrance of life within the void. The urgent energy of new possibilities pulses inside its tiny form. The unseen moon rests inside the sheltering
black belly of the night. Not a wisp of light exists in the sky. There will be a turning point, a moment when the flow begins again and life remembers to move on. But for now the travelling woman trusts that change will come. She waits and she watches for life to return along the circle road.