Art thérapie,  Blessures émotionnelles,  Pleine conscience

L’Illusion des Flammes Jumelles (Partie 3)

Finalement, cette partie arrive plus vite que prévu… je suis inspirée ! 

Dans les Partie 1 et Partie 2 de cette série d’articles, j’ai souhaité exposer une intuition qui s’est confirmée :

—-> appliquer aux FJ, les mêmes outils thérapeutiques qu’à ceux ayant survécu à des traumatismes émotionnels.

J’étais bien contente de pouvoir proposer un suivi adapté aux Chasers en souffrance qui venaient me voir.

Mais surtout… ces résultats ont nourris d’autant plus mes premiers doutes. J’étais désormais sûre que quelque chose clochait.

C’est pourquoi, j’ai continué mon enquête, à la source même des récits du New Age sur les jumeaux d’âme cette fois.

Blavatsky, la source

Alors que le New Age et les théories d’Elizabeth Clare Prophet (rappel : l’inventrice du concept Flammes Jumelles) expliquent puiser leurs fondements dans les écrits de Blavastsky…

… il est quelque part amusant de voir que ses écrits ont été totalement détournés ! Sans doute a-t-elle toujours été difficile à lire ?

Car Blavatsky met clairement ses lecteurs en garde contre les dangers du sentimentalisme.

On le retrouve dans sa Doctrine Secrète, le même livre justement, d’où serait tirée la première évocation des Jumeaux d’âme.

Elle n’y enseigne pas l’idée qu’une âme humaine pourrait avoir une autre moitié spécifique, destinée à une relation amoureuse.

Au contraire, elle parle de Monad, une étincelle divine issue de l’Absolu.

Indivisible.

Ni féminine, ni masculine.

Elle évoque aussi une humanité primordiale, ayant été androgyne.

Puis une densification de la matière ayant entrainée la séparation des genres. 

—-> Ce serait cette séparation qui serait à l’origine de la nostalgie de l’unité dans l’âme.

Cet androgyne primordial pourrait être confondu avec les Jumeaux… mais il ne s’agit pas d’une séparation individuelle ! Plutôt, d’une donnée collective touchant toute l’humanité actuelle.

Alors oui, elle évoque des âmes jumelles. Un cas extrêmement rare qui n’existerait plus dans l’humanité contemporaine et qui de toute manière, n’étaient pas destinées à vivre des relations sentimentales. 

En aucun cas on y voit une quête amoureuse, une reconnaissance émotionnelle ou un scénario de couple.

Pour cela, il faudra attendre une interprétation (farfelue ?) de ses textes bien des décennies plus tard.

Une mise en garde ancienne

Dans la Doctrine Secrète, on peut par contre lire des critiques sur l’idée qu’une âme pourrait avoir une contrepartie incarnée. Pour Blavatsky, il s’agit là « d’une interprétation erronée et dangereuse des vérités occultes ».

Dangereuse car elle crée des projections émotionnelles, des dépendances affectives et des confusions entre les plans psychiques et spirituels.

Dans le volume II de l’ouvrage, elle parle du Kama (une notion qu’on retrouve dans l’hindouisme). 

On pourrait le traduire grosso-modo par « désir ».

Et ce désir est une illusion et non une intuition dans sa doctrine.

En clair, cela signifie que les attirances intenses viennent du corps émotionnel (ou corps astral) et qu’elles ne prouvent pas une origine spirituelle.

Blavatsky est donc très critique envers les lectures romantiques et l’illusion que l’unité soit relationnelle.

Elle insiste pour une Unité intérieure. Verticale.

Une complétude de l’âme intérieure et pas extérieure.

Et si la nostalgie de la moitié existe, elle apparait au niveau du champ collectif et non pas individuel. C’est à dire, que cela n’a pas pu être vécu au plan personnel.

« Les désirs les plus puissants se déguisent volontiers en intuitions spirituelles, et l’homme confond alors attraction psychique avec la reconnaissance de l’âme. »

Doctrine Secrète, Vol II

Une autre façon de le dire, c’est qu’une attirance intense ne vient pas du plan spirituel mais du plan psychique inférieur.

Comme le théorise le traumatisme développemental (nous en avons parlé dans la partie 1).

Pour Blavatsky, croire qu’une âme est incomplète affaiblit spirituellement l’individu.

Le danger de la projection est dangereux car :

  • l’axe spirituel n’est plus vertical, mais horizontal (dans une autre personne) ;
  • il y a une soumission psychique (idéalisation excessive, dépendance affective) ;
  • une perte de discernement (confusion entre amour et vérité) ;
  • un renforcement du Kama au lieu de chercher à le transcender (renforcement de l’attirance et sacralisation de l’émotion qui figent toutes les deux, l’âme) ;
  • et des créations d’illusions astrales et de faux-contact (des connexions auto-générées qui peuvent devenir obsédantes, je les explique plus loin).

On peut voir que pour elle, il ne s’agit pas simplement d’un petit moment de naïveté sans conséquence dans une vie, mais bien d’un figement de l’évolution spirituelle.

Elle est très claire :

« Le sentimentalisme est l’ennemi le plus subtil de la vraie spiritualité. »

Une distorsion

Comment on est-on arrivé là ? Des écrits de Blavatsky mettant en garde contre la romantisation spiritualisée -> au concept FJ qui ne parle que de voie spirituelle par l’union amoureuse ?

Une inversion totale !

Or, au XIXe siècle, l’occultisme était déjà romantisé. Blavatsky connaissait donc bien ces pièges car ils étaient déjà très actuels. Elle ne parlait pas d’un lointain futur hypothétique…

Et nous avons vu que le concept lui-même, contient les codes de l’emprise sectaire (enfermement dans la souffrance, pas de clôture claire, quand le concept a tort il a quand même raison, système pyramidal d’élus plus éveillés que d’autres, …) 

Cette distorsion a bien servi Elizabeth à l’époque. Jusqu’à ce que ses prédictions se révèlent erronées (elle avait prévu une guerre nucléaire).

Aujourd’hui, le concept est tellement populaire qu’on le trouve sur tous les réseaux et dans toutes les communautés dites spirituelles.

Avant cela, si une rencontre amoureuse avait eu lieue et ne se concrétisait pas ou qu’elle devenait toxique, le bon sens nous disait de « passer à autre chose ».

Aujourd’hui, les « Chasers » restent dans la souffrance émotionnelle au nom d’une mission divine.

—-> Comme si leur conditionnement d’enfance leur empêchait de risquer de décevoir le Père Céleste.

Alors moi, j’aime beaucoup poser cette question (Celle que ne posera pas Perceval, dans les romans des Chevaliers de la Table Ronde et qui lui coûtera de perdre le Graal ! ! ! !) et je la repose.

 à qui cela sert ?

Cette distorsion a déjà servi dans le passé. Et aujourd’hui ?

À qui ou à quoi sert la souffrance émotionnelle qui ne s’arrête pas ? Et à qui sert le gel de l’individuation ?

Certainement pas à l’individu qui souffre. Il parait plutôt être le sacrifié de l’histoire.

Et faisons ici un petit raisonnement par l’absurde, histoire d’enfoncer le clou. Si cette théorie de souffrance était juste, nous pourrions alors même imaginer aller plus loin encore sur l’idée de la souffrance divine :

  • ne pas se soigner lorsqu’on tombe malade physiquement (pourquoi différencier les dimensions de la douleur ?) ;
  • ne pas secourir ceux qui sont dans le besoin ;
  • pas d’opération lorsqu’on souffre d’une crise cardiaque (ne faut-il pas accepter son sort ?)

C’est aberrant n’est-ce pas ?

Si une communauté vous conseillerait une telle chose, ne la trouveriez-vous pas douteuse ?

Et pourtant, au niveau émotionnelle, c’est accepté par des milliers de personnes.

 

 

Merci de m’avoir lu.

N’hésitez pas à nous donner votre avis sur la question dans les commentaires.

Dans la 4e et dernière partie, nous verrons ce qu’est la romantisation spirituelle et que les traditions les plus anciennes, l’avait déjà identifiée comme un obstacle à l’éveil.

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