Art thérapie,  Écriture créative

Un conte mythique

Après avoir écrit un conte pour la blessure émotionnelle du coeur, j’ai eu envie de reprendre l’exercice pour une autre thématique qui me passionne : la Gene Key.
 
Cela fait quelques années que je replonge régulièrement dans mes séquences, pour les approfondir et mieux les comprendre. Tel un chemin qui nous guide de nos blessures à nos guérisons, il y a pour chaque sphère, une richesse qui fournit de quoi créer une belle narration initiatique.
 
Voici donc le mythe de ma séquence d’activation. Cependant, il y a toujours, dans un conte ce quelque chose d’universel. Nul doute qu’il saura trouver sa résonance auprès de toutes celles et ceux qui sont hautement empathiques et hypersensibles. 
 
 

LA FILLETTE QUI RETROUVA LA RESPIRATION DU MONDE

 
 
Il était une fois, un champ d’âmes qui se rassemblaient pour choisir leur destin.
 
Parmi elles, une seule brillait d’une lumière irrégulière. Comme un souffle retenu.
 
Lorsque ce fût son tour de choisir, elle dit qu’elle voulait descendre là où les cœurs sont serrés, là où la peur empêche l’amour de respirer.
 
Les anciens la prévint que pour aller marcher sur Terre dans ce but, il lui faudrait porter une sensibilité si grande, qu’elle pourrait briser l’âme toute entière.
 
Était-elle bien sûre d’être prête à descendre sur la terre dans de telles conditions ? 
 
Elle répondit oui. Oui, elle était sûre. Et peu importe si elle finirait par se briser car, disait-elle, « c’est dans la fissure que la lumière passe. »
 
La petite âme naquit peu de temps après dans le corps d’une fillette aux cheveux noirs et avec un coeur vaste, bien trop vaste pour le monde. Un coeur qui se serrerait un peu plus à chaque blessure. Mais qui continuerait de rayonner, même s’il se contractait.
 
Très vite, la fillette grandit. Elle s’émerveilla. Elle trembla. Elle aima.
 
Elle aima souvent trop fort.
 
Pour le village, elle était devenu l’enfant qui ressentait tout et que rien ne laissait indifférente.
 
Quand la fillette devint suffisamment grande, elle fût charger d’aider à nourrir ses frères et soeurs. Pour cela, elle s’occuper des animaux de basse cour et chaque matin, elle partait aussi chercher des champignons.
 
Elle connaissait les cachettes les plus secrètes autour de sa maison.
 
La pauvreté fut un jour tel, qu’il n’y eu plus d’animaux dont il fallait s’occuper. Et plus de champignons autour de la maison.
 
Elle savait qu’il en poussait au-delà, dans la Forêt du Sérieux. Mais ses parents lui avaient interdit d’y entrer. Ils savaient que son coeur risquerait de se comprimer à en mourir, car dans la Forêt du Sérieux, les arbres étaient droits comme des règles et les chemins ne toléraient aucune erreur.
 
Dès qu’ils y mettaient les pieds, les humains y marchaient avec le visage grave de ceux qui ont oublié la joie.
 
Mais la fillette avait placé, en ce jour, son coeur dans une impasse. Comment pourrait-elle supporter en rentrant, la tristesse et la faim dans les yeux de ses proches ?
 
Alors elle préféra se risquer dans la Forêt qui fait perdre la joie car elle voulait faire « comme il faut ». Être utile pour sa famille. Digne d’elle.
 
Plus elle avançait, plus elle se sentait devenir sérieuse. Plus les arbres semblaient se rapprocher et plus elle sentait la joie quitter son coeur.
 
Peu à peu, la Forêt se referma lentement sur la fillette. Les arbres eux-mêmes enserraient la fois son coeur et son corps, jusqu’à écorcher ses joues.
 
Se sentant de plus en plus enfermée, elle finit par se perdre totalement et oublier les champignons.
 
Elle marcha longtemps – peut-être des années – ne sachant plus pourquoi elle était là. Ni qui elle était.
 
Exténuée par cette quête sans but, elle finit par s’arrêter au pied d’un vieux chêne où elle s’endormit.
 
Elle fit alors un rêve, où le chêne prenait le visage d’un sage très ancien, qui lui disait des mots étranges : « La Grâce ne visite que ceux qui cessent de combattre la vie. »
 
En plus d’oublier qui elle avait été avant d’entrer dans la Forêt, elle avait, en plus, commencé à porter, sans s’en apercevoir, un fardeau.
 
Fait de constrictions et d’attentes, il devenait de plus en plus lourd. Elle compris qu’elle arrêterait de se perdre, dès qu’elle déposerait ce poids qui n’était pas le sien. 
 
Lorsqu’elle le remit au chêne, elle se réveilla.
 
En ouvrant les yeux, elle fût éblouie de découvrir que la Forêt s’était ouverte sur une prairie verte, pleine de vie, de fleurs, de parfums et d’insectes.
 
Un lieu magique fait pour danser et être porté par le courant des rivières. 
 
Au loin, elle vit un lac qu’elle s’empressa de rejoindre, en tourbillonnant et en sautillant.
 
Alors qu’elle buvait, elle ne se rendit pas compte que l’eau du lac était si transparente, qu’elle ne reflétait pas son visage.
 
Une oie sauvage s’approcha pour lui dire que le lac était magique. Il  avait le pouvoir de montrer aux humains leur être véritable.
 
Beaucoup avant elle s’étaient penchés sur ce lac en quête d’une image parfaite, mais ils n’y voyaient que leurs obsessions, leurs rôles et leurs masques.
 
La fillette se dit que le lac pourrait alors lui montrer ce qu’elle avait oublié : qui elle était et ce qu’elle était sensée faire.
 
Mais le lac restait immobile. Il ne lui révélait rien.
 
L’oie lui expliqua que sa demande ne pouvait pas venir de sa tête… et la jeune fille fût bien embarrassée ! Comment demandé autrement ?
 
Elle resta plusieurs heures sur la berge, testant d’autres questions et échouant à chaque fois.
 
Enfin, vaincue, elle respira et murmura pour elle-même :
« Je renonce à être quelqu’un. Je veux seulement être authentique. »
 
Alors, la surface du lac prit vie et lui montra sa nature véritable. 
 
Son reflet s’accompagnait d’un message en lettres dorées : « Tant que tu seras fidèle à ton mouvement intérieur, rien ne pourra altérer ta lumière. Marche encore au temple dans murs construit de silence et de vent.
Trouve le tambour et écoute son chant. »
 
Après quelques jours de marche supplémentaires, la jeune fille arriva au temple de silence et de vent et découvrit l’immense tambour en son centre.
 
C’était le tambour du monde.
 
Il battait lentement. 
 
Très lentement.
 
Bien trop lentement pour être remarqué par un humain pressé. Mais la jeune fille qui n’avait plus de but, n’était pas pressée.
 
Elle déposa sa main sur la peau tendue et ferma les yeux. Pour la première fois, elle découvrit le merveilleux rythme de la Terre.
 
Un rythme large, profond, patient et si lent…
 
si lent…
 
Le vent siffla et porta avec lui les murmures des anciens. Ils semblaient avoir attendu l’arrivée de la fillette au trop vaste coeur, depuis des siècles : « Voici le Tambour du Monde. Tous ceux qui s’en approchent apprennent cette vérité :
le monde ne guérit que lorsque les êtres retrouvent leur propre rythme.« 
 
Soudain, le tambour changea de pulsation pour s’accorder à celle de la jeune fille. 
 
Et les Anciens reprirent leur murmure :
« Quand tu marches dans ton rythme, les autres se souviennent du leur.
Alors, tu feras fleurir ce qui est resté trop longtemps étouffé. »
 
La petite âme sensible ne s’était pas incarnée en une guerrière flamboyante, ni dans un prophète aux discours tonitruants… mais dans la subtilité banale d’une fillette comme toutes les autres.
 
Comme on en trouve dans tous les villages.
 
Et c’était parfait ainsi.
 
La fillette revint auprès de sa famille, en se laissant porter par le souffle du vent qui lui indiqua les bonnes directions à chaque fois qu’elle respectait le propre rythme de ses pas.
 
On fêta son retour par une grande fête dans laquelle on dansa.
 
Elle découvrit qu’à chaque fois qu’elle jouait au tambour son rythme à elle, elle transmettait la grâce.
 
Par cette seule présence toute banale, elle était capable de desserrer les coeurs contractés et de faire fleurir les jardins.
 
Elle avait découvert dans l’image du lac, qu’elle n’était pas née pour changer le monde, mais pour lui rendre sa respiration. 
 
Et c’est ce qu’il fit, aussi longtemps que son âme le voulut.

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