Les Haxes*

Depuis toute petite, je frissonne à l’écoute des légendes des haxes*, c’est à dire des sorcières (Hexen en allemand) !

Elles hantent le village de mon enfance, les bois alentours et surtout le col à quelques centaines de mètre de là.

Car nos ancêtres sorcières ont été brûlées à La Perheux.

Ce lieu aujourd’hui réellement magnifique était avant tout fonctionnel par le passé. Croisement de communication entre deux vallées, il était aussi un lieu de pèlerinage païen avant de devenir chrétien et aujourd’hui oublié (vers la chapelle de Belmont). Il était d’usage pour les pèlerins de jeter des pièces d’argent sur le chemin (nous y reviendront) afin de racheter les âmes condamnées.

Et oui…, du Moyen-Âge à la renaissance, le carrefour des vallées était le lieu d’exécutions capitales.

On retrouve dans les archives divers cas. Au début du XVIe siècle, un tribunal présidé par le meyger réunissait la justice villageoise à Waldersbach afin d’y juger les affaires courantes. Le tribunal se composait de six à sept échevins auxquels s’ajoutaient trois autres de Saint-Blaise et Blancherupt. Le meyger de Saint-Blaise apparaissait vêtu moitié de rouge, moitié de blanc. Si un criminel était saisi, il était remis au seigneur qui l’enfermait au château de Guirbaden avant de le juger, de l’exécuter et de l’exposer sur la roue sur le lieu de justice au col de la Perheux1.

Dès 1613 est mentionné le cas de Anne, l’épouse de Steffen d’en Haut (Steffen von der Höhe) de Neuviller, qui est brûlée pour sorcellerie. Puis de 1620 jusque vers 1630 furent condamnés et brûlées au lieu de justice du Col de la Perheux.

Plus de 50 femmes originaires de tous les villages du Ban de la Roche ont été exécutés pour « crime » de sorcellerie

Les hommes, quand à eux, n’étaient pas brûlés, mais enterrés jusqu’au cou et laissés ainsi.2  Ce qui a engendré la légende du « trésor qui crie »  (le trésor aurait été les pièces des pèlerins et les cris, ceux des condamnés). Les exécutions eurent lieu jusqu’en 1786, les bûchers et les enterrement finalement remplacés par la roue (exécution de François Staller le 15 octobre 1767). Les exécutions appartenant ensuite au passé, le trésor aurait été peu à peu ramassé.

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Pourtant… les cris persisteraient encore, et, adolescents, nous aimions camper au col pour nous faire peur !

Et bien que je n’y ai jamais entendu de cris, j’ai toujours cru aux sorcières de la Perheux, revenant faire craquer murs et toits, à la recherche d’âmes à pervertir.

  1. Source
  2. Source
  3. Photo « panneau Haxes » d’en tête