Actualités,  Blessures émotionnelles,  Pleine conscience

Intégrer l’animus – ou comment guérir d’une relation « Flamme Jumelle »

Mme D. travaille sur elle-même depuis longtemps. Elle a ajouté l’art-thérapie somatique à ses découvertes, plus par curiosité que pour un besoin précis.

À priori seulement ! 

Que ce soit en ligne, en stages ou en ateliers, il semble que j’attire les femmes « Flammes Jumelles »… et en creusant un peu, Mme D. me confie ses problèmatiques autour de son obsession sur un homme.

Une relation divine qui ne se fait pourtant pas. Alors Mme D. attend. Encore et encore. 

Son autre est dans ses rêves. Des rêves sacrés. Intenses. 

J’explique à Mme D. mes positions sur ce sujet (voir ici ma série d’articles) sans nier en même temps ses ressentis.

Je lui propose alors de me faire confiance et de tester ma méthode pour voir si cela lui apporte du bien. Juste pour respirer…

Je ne m’attendais pas à ce que nos séances débouchent sur l’intégration de son animus et sa libération totale. Elle m’a donné son accord pour vous raconter cette part de cheminement.

Et c’est très intéressant pour nous, car l’animus est peut-être un des concepts les plus difficiles à comprendre…

… alors qu’il est vraiment centrale dans notre guérison.

Et peut-être que les Flammes Jumelles sont là pour cela. Pour intégrer leur animus en le ressentant intensément.

Même s’il peut paraitre bien caché, une fois découvert et accepté, la psyché fait un immense bon en avant, comme nous allons le voir dans ce post.
 
 

L’animus 

 
Découvert après l’anima, Jung a d’abord eu du mal à le définir  lui-même : il le décrit en effet de plusieurs façons différentes selon ses ouvrages.
 
–> d’après le célèbre psychanalyste, l’anima est la part féminine inconsciente de la psyché d’un homme. Et l’animus, est la masculine pour une femme.
 
Bien qu’aujourd’hui, il soit un peu réducteur de l’expliquer ainsi, c’est pourtant ainsi qu’on le comprend le mieux. Merci d’adapter mes propos, en fonction du genre dans lequel vous vous reconnaîssez et du ou des genres qui vous attirent.
 
Alors que l’anima a une dimension totale, l’animus lui est beaucoup plus pluriel. Il s’agit plutôt d’un ensemble d’images qui se sont constitués dans l’inconscient féminin à partir :
 
  • d’expériences d’hommes réels de l’environnement (comme le père, les frères, les partenaires, mais aussi les figures d’autorité, etc.) ;
  • d’archétypes universels ;
  • de l’histoire culturelle et symbolique de la personne.
 
L’animus se manifeste rarement sous une forme abstraite. Il tend plutôt à apparaître dans les rêves, dans les projections ou les opinions les plus fermes d’une femme.
 

Dans les rêves

L’animus prend les traits d’un homme mais peut avoir plusieurs formes aussi : un inconnu, un professeur, un amant…
 

Ces visages vont être différents selon le stade de développement psychique de chacune. Jung a proposé une description célèbre en quatre étapes.

 
D’abord, c’est l’animus sous l’homme de force qui apparaît. Il est puissant physiquement, comme un sportif ou un militaire par exemple. Il est dans l’action.
 
Puis il est remplacé par l’homme qui a réussit. Comme un dirgeant d’entreprise, un entrepreneur ou même un aventurier.
 
Sa troisième forme, est celle de la figure intellectuelle.
 
Du succès, nous passons aux idées et à la connaissance. Cet homme sait parler. Il est professeur ou écrivain. Philosophe ou … prêtre ! 
 
Enfin, le guide spirituel est la dernière figure prise par l’animus. Il se montre sous la forme d’un homme plein de sagesses, comme un grand maître notamment.
 
 
 
Dans les projections
 
Comme l’anima chez l’homme, l’animus est souvent projeté sur un individu réel.
 
La femme peut alors tomber amoureuse moins de la personne réelle que de l’image intérieure qu’elle dépose sur lui.
 
C’est pourquoi certaines relations semblent chargées d’une intensité presque mythique. Ces hommes apparaissant extraordinaires, plus sages que les autres, ou plus charismatiques, ou encore plus spirituels…
 
 
 

Dans les opinions

 
Plus subtil cette fois, on repère l’animus dans l’expression de convictions ou d’affirmations automatiques.
 
Quand l’animus est inconscient, il peut parler à travers la personne sans qu’elle s’en rende compte. Ces jugements sont intouchables et la femme ne peut pas vraiment établir leur origine. Même après des arguments, elle n’en démord pas : 
 
 
« C’est comme ça. » ; « Tout le monde sait que… » ; « Les hommes sont… » 
 
Jung décrivait souvent ce phénomène comme un homme intérieur qui énonce des vérités absolues.
 

Évolution d’intégration

Lorsque l’animus est peu intégré, la femme va avoir des opinions rigides et le besoin de toujours avoir raison. 
 
À l’intérieur, le juge opiniâtre ne s’arrête pas !
 
Elle est fréquemment fascinée par un homme réel ou imaginaire. Cela peut aller jusqu’à l’obsessions excessive, ce que l’on nomme la limérence.
 
Elle peut aussi dépendre d’une autorité qui a une emprise psychologique (un pervers narcissique) ou intellectuelle ou spirituelle sur elle (sectaire).
 
L’inconscient agit dans ces différents cas sans que l’être ne s’en aperçoive. La femme se croit libre de penser… alors que son animus agit en elle comme une puissance autonome.
 
Par contre, l’intégration de l’animus l’amène à plus de discernement et à plus de relativité dans ses jugements. 
 
L’animus ne disparaît pas. Il se transforme et il rend la femme plus courageuse en lui donnant la force intérieure de se redresser et de prendre position pour ses valeurs. 
 
 

Un rêve d’intégration de l’animus

Retour à Mme D. qui a décidé de « voir » si le dessin et mes explications sur l’animus peuvent la soulager.
 
Car le phénomène FJ joue sur l’acceptation de la souffrance. La NNA (Nuit Noire de l’Âme) est un jalon à dépasser pour la promesse d’union. 
 
Or… celle de Mme D. s’étire sur plusieurs années et elle désespère désormais.
 
Je lui parle des projections de l’animus et de l’intensité quasi « numineuse » que peut prendre l’amant. Des obsessions que l’on peut avoir sur un homme réel. Et du besoin d’avoir raison, surtout avec d’autres hommes.
 
Mme D. se reconnaît bien. C’est d’ailleurs cet homme attendu qui apparaît dans ses rêves : parfois, ils ne font que se frôler la main mais l’intensité émotionnelle dépasse tout ce qu’elle a connu. Elle sent le divin dans leur lien à la fois dans le monde réel et encore plus dans les mondes invisibles.
 
Nous pouvons reconnaître ici, la projection typique de l’animus sous la forme de l’amant. En particulier chez Mme D. de l’amant-sauveur, non pas guerrier mais guide.
 
Les dessins s’accumulent dans les séances où nous parlons de souveraineté (le « chaser » se sent impuissant dans la relation) mais aussi de mise en réalité (ne pas sur-interpréter les mots et les rêves, mais rester dans le concret et les comportements de l’autre).
 
Rapidement Mme D. commence à apercevoir l’humanité de son autre. Ainsi que ses défauts.
 
Paradoxalement dans ses rêves, il prend la figure d’un homme plus spirituel. C’est la dernière forme de l’animus dans son évolution, et sans poser trop d’attendre, je suis curieuse de la suite des événements.
 
Mme D. reviendra avec un rêve magnifique :
 
Je suis avec ma flamme. Nous discutons dans un lieu hors du monde et il me demande de venir avec lui. De marcher ensemble. Je suis enchantée et j’accepte.
 
Le lendemain, je suis prête et j’arrive au rendez-vous. Je tombe des nues lorsque je découvre que je n’étais pas la seule invité ! Nous sommes une dizaine.
 
(C’est déjà arrivé d’ailleurs, que je crois que nous ayons rendez-vous, alors qu’il avait aussi invité le plus d’amis possible).
 
Je discute avec une femme et lui fait part de ma déception. Puis, il organise la marche. Il sera tout devant et moi, il me met à l’arrière. En dernière place. Il me fait un clin d’oeil pour me faire comprendre que c’est une place de choix et qu’il me la donne parce qu’il a plus confiance en moi que les autres.
 
Mais cette fois, çe ne passe pas. Je suis maintenant en rogne. 
 
La marche démarre et nous sommes tous en file indienne. On passe par une forêt plutôt jolie, alors je continue. Mais soudain on arrive à une friche industrielle vraiment laide.
 
C’en est trop pour moi. J’en ai marre d’être traitée de la sorte. 
 
Alors je décide de faire demi-tour.
 
D’abord j’hésite… ça ne se fait pas de quitter une marche ainsi ! Les gens vont croire qu’ils m’ont perdue. Mais il est trop loin devant pour que je lui parle. Je culpabilise. J’ai l’impression que je vais le trahir.
 
Pourtant, je reste là et le groupe ne s’inquiète pas de ma disparition. Lui ne s’inquiète pas.
 
Et ma colère redouble alors ! Je n’ai pas besoin de m’imposer ça. C’est lui qui m’a trahit en premier. Il m’a fait volontairement croire à un rendez-vous amoureux, je le sais. 
 
Soudain, je trouve que mon bien-être est plus important. Et je fais demi-tour. Je marche un peu et je suis fière de moi.
 
Le rêve passe alors à un autre tableau.

Essai d’inteprétation

 
Ce rêve ressemble beaucoup à ce que nous pourrions appelé « un rêve de désidentification d’une projection d’animus ».
 
Bien sûr, personne ne peut affirmer avec certitude ce qu’un rêve signifie. À partir de propositions et de discussions, je peu néanmoins vous faire part d’élément cohérents avec ce qu’il s’est passé ensuite, dans la vie de Mme D. (avec plusieurs mois de recul).
 
Dans ce rêve-ci, la flamme de Mme D. apparaît sous la forme d’un guide de randonnée. Il marche devant, indique la direction, décide du parcours et distribue les places. Les autres ne font que le suivre.
 
C’est exactement la position qu’occupe souvent un animus projeté : il détermine où l’énergie psychique doit aller.
 
Mais cette fois quelque chose change.
 
Soudain Mme D. semble commencer à voir la réalité du chemin. La balade est jolie au début et elle devient laide.
 
Alors qu’elle a passé sa vie à se demander quoi faire pour lui plaire et s’il voudrait bien d’elle, soudain dans le rêve elle se demande si elle a envie de le suivre là il l’emmène.
 
Nous avons cette opposition intéressante entre 2 lieux : la forêt et la friche industrielle.
 
La forêt est souvent associée à l’inconscient, à l’inconnu, à la transformation. C’est un endroit prometteur.
 
Mais tout se transforme en friche industrielle qui évoque autre chose : une zone qui a été exploitée puis abandonnée. Un endroit que la rêveuse juge sans valeur, comme si une partie d’elle commençait à voir le coût réel de cette obsession.
 
Non plus seulement son romantisme, mais aussi sa stérilité.
 
Alors la colère monte, mais ce n’est pas le moment décisif. Le passage qui me paraît le plus important est celui où sans rien lui dire, elle décide d’arrêter.
 
Elle ne cherche plus à la convaincre, à protestez… ou à tenter une énième fois d’obtenir l’amour promis.
 
Elle ne demande même pas d’explication. 
 
Elle s’en va.
 
Pendant une projection active, l’énergie reste tournée vers l’autre et on se demande ce qu’il pense, pourquoi il fait cela, s’il va revenir, s’il va enfin nous choisir, etc…
 
Dans le rêve, tout cela est terminé. La décision est prise sans attendre la validation de l’amant tant attendu.
 
Et Mme D. ne ressent pas seulement un soulagement. Mais de la fierté !
 
En analyse jungienne, on accorde souvent beaucoup d’importance à l’émotion qui va avec le rêve. La fierté suggère donc qu’une part en elle reconnaît cet acte comme juste.
 

Après le rêve, la « vie vivante »

Nous sommes restées en contact avec Mme D. Ce qu’il s’est passé ensuite, dans sa vie, montre que son rêve indiquait bien un tournant dans sa psyché.
 
Ses obsessions ont cessé peu après le rêve (elle ne sait pas exactement quand !) Et elle a coupé les ponts avec cet homme qui n’a jamais réussi à concrétiser ses promesses… lui qui avait pourtant occupé pendant des années une place intérieure dépassant largement la réalité.
 
Peu à peu, Mme D. avait compris que l’intensité extraordinaire n’était pas forcément de l’amour pour une personne réelle. Mais une énergie psychique.
 
Une énergie investie dans sa projection.
 
C’est ce qui rend certaines relations si difficiles à quitter : on ne perd pas seulement un individu, on perd aussi tout un monde intérieur.
 
D’un point de vue jungien, on pourrait dire que l’énergie qui était immobilisée dans la projection a commencé à revenir vers la personnalité consciente.
 
Autrement dit, l’homme extérieur a arrêté de porter l’animus de Mme D. et elle a pu récupérer cette énergie.
 
J’aime à penser que c’est ce qu’il lui a permis de gagné la capacité de dire non, de se tenir ferme et de ne plus le suivre dans la réalité aussi.
 
En perdant une projection (ou la présence d’un archétype fascinant) beaucoup de personnes ont le sentiment que leur vie devient plus plate, plus vide.
 
Comme si elles étaient désenchantées.
 
Je l’ai vécu personnellement et Mme D. a été, elle aussi, troublée de plus avoir accès à cette intériorité fascinante et si intense.
 
Mais, en contrepartie, elle s’est mise à construire une existence directe, plus ancrée, plus sensorielle et finalement plus simple… qu’elle ne regrette pas.
 
En fait, si elle regrette l’état de conscience, elle ne regrette pas l’homme, celui qu’elle voyait comme sa flamme.
 
Dans beaucoup de récits de transformations, les images deviennent moins grandioses et plus incarnées.
 
La vie réelle avance. La vie parait « vivante. »
 
Et Mme D. fait désormais des rêves où elle marche à côté d’un mari. Cela parait moins spectaculaire, sans l’embrasement si caractéristique de la projection… mais elle a l’impression qu’elle peut accomplir davantage.
 
Symboliquement, c’est une différence immense où la figure de guide a fait place à un compagnon de route. 
 
Mme D. m’a alors parlé d’une image forte pour décrire cet après :
 
C’est comme si j’avais longtemps regardé la lumière à travers un vitrail magnifique. Les couleurs étaient extraordinaires, presque surnaturelles.
 
Puis un jour, comme ça, je découvre que ce vitrail n’était pas la lumière elle-même.
 
Alors, j’ose quitter le vitrail, même si j’ai l’impression que c’est tout ce que j’ai toujours connu et que je vais trahir Dieu lui-même. Lui faire un affront.
 
Le problème, c’est qu’au début la lumière paraît beaucoup plus blanche, beaucoup plus simple, presque décevante.
 
Et pourtant elle est peut-être plus proche de sa source

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *