L’Illusion des Flammes Jumelles (partie 4)
Merci pour votre implication à lire cette série.
Petit rappel avant de commencer, sur les articles précédents :
—-> partie 1 : mon intuition sur le lien entre Chasers et traumas complexes
—-> partie 2 : les explications des neurosciences sur les perceptions subtiles
—-> partie 3 : une distorsion de la base même du concept
Dans cette dernière partie, je vous propose de recouper les informations de Blavatsky (le sentimentalisme spirituel) avec d’autres courants traditionnels, religieux et même psychologiques.
Qu’est-ce que la romantisation spirituelle ?
Après les mises en garde de Blavatsky, on pourrait déduire que le concept « d’amour souffrant sacré » n’a rien à voir avec l’amour.
Il s’agit plutôt d’attribuer une valeur d’absolue à une expérience affective.
Et cela crée trois glissements successifs : (1) l’émotion devenant sens, (2) le sens devenant sacré, (3) le sacré devenant personnel.
L’autre n’est plus une personne. Il est devenu un objet métaphysique dans une illusion d’auto-légitimité.
Après tout, il faut voir les réactions des croyants lorsqu’on met en doute le concept ! (Et je le rappelle, là où il y a réactivité, il y a un égo pas content).
Pourquoi une telle réactivité ?
Le renforcement de l’égo spirituel est dûe à cette fameuse boucle de renforcement psychique dans laquelle le concept enferme. Regardons :
- à la base, une émotion forte, une intensité exceptionnelle
- qui provoque une interprétation spirituelle,
- qui amène à un sentiment confortable d’être enfin élu et destiné,
- ce qui crée un surinvestissement mental,
- qui produit de nouvelles émotions,
- qui vont aboutir en une confirmation de la croyance.
Chaque pensée nourrit l’émotion et chaque émotion nourrit la pensée dans un cercle sans fin qui s’auto-alimente.
C’est une forme-pensée autonome.
Pour Blavatsky, les rêves récurrents, les sycnhronicités, les communication avec les jumeaux (j’utilise du vocabulaire moderne, elle ne le dis pas tel quel) et le sentiment d’un lien invisible, n’est pas un phénomène qui vient de l’autre ou de l’extérieur…
—-> mais de la forme-pensée créée par l’attachement.
C’est là que se trouve le danger. L’individu croit en sa mission divine alors qu’il ne fait que dialoguer avec sa propre projection, sans même le savoir !
Et l’obsession obtenue n’est que le reflet de la perte de l’axe intérieur vertical dans une compensation trouvée dans l’axe relationnel.
Et c’est très difficile à voir quand on est coincé à l’intérieur de cette forme-pensée.
Car la sentimentalité occulte flatte le sens du sacré, donne un sentiment de profondeur et d’héroïsme (l’élu) et transforme la souffrance en une preuve.
Le piège est de croire que plus ça fait mal, plus c’est juste et important.
Les autres traditions reconnaissent aussi ce danger
Dans le bouddhisme et le Zen, le problème n’est pas uniquement le désir grossier.
Mais aussi le désir raffiné.
Le désir qui se pare de nobles intentions.
C’est ce que Blavatsky appelle le Kama déguisé en intuition.
Dans les soutras de la Vacuité, on apprend que là où il y a saisie (c’est à dire attachement), il n’y a pas de sagesse.
Pour le bouddhisme, la saisie est le mécanisme clé :
- on projette une qualité ultime sur un objet (le Jumeau ici) ;
- on s’y attache ;
- on souffre.
Le cas du tantrisme est lui aussi détourné.
Authentiquement, cette tradition nous parle bien d’une union masculin et féminin. Mais c’est au niveau symbolique et rituel. Toujours sous la forme de voeux, de discipline et de vacuité.
—-> l’union n’est pas celle de deux corps, mais de deux sagesses.
Ainsi le partenaire tantrique n’est pas une autre moitié non plus. Cette moitié n’est pas recherchée émotionnellement et n’est pas idéalisée non plus.
On le voit ici, l’union, comme dans les écrits de Blavatsky, n’est pas individuelle.
Mais bien archétypale (on le reverra avec Jung aussi qui a découvert l’inconscient collectif.)
Avant cela, terminons sur le tantrisme. Lui aussi met en garde, contre la romantisation. Les textes sont mêmes plus sévères encore que ceux de Blavatsky !
» Celui qui pratique avec désir, renait dans les royaumes inférieurs. »
Ainsi, l’émotion romantique annule carrément la pratique spirituelle. Et si elle n’est pas transmutée, elle devient… une faute !
(Le New Age en parle plutôt rarement, non ?)
Dans le Zen, il est même dit :
« Si tu rencontres le Bouddha, tue-le. »
Le danger est donc bien toujours le même : l’adoration est décrite comme une entrave à la progression. L’absolu ne devant jamais se figer, ni dans une forme, ni dans une personne.
C’est ce que me disait déjà mes échanges avec certains grands Maîtres : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ».
Un apport Jungien
Vous me connaissez… je ne peux m’empêcher de vouloir relier tout ça, aux découvertes de la psychologie des profondeurs.
Et le concept central qui s’attache au phénomène FJ chez Jung, est le celui de la projection.
Pour le célèbre psychiatre, l’obsession amoureuse n’est finalement jamais vraiment dirigée vers la personne réelle.
C’est ce qu’expliquerait le « faux jumeau » puisque l’objet d’amour peut se déplacer d’une personne à l’autre (si elle remplie les conditions d’indisponibilités).
De plus, pour lui : plus la projection est massive, plus l’expérience parait être celle d’une destinée sacrée.
On peut voir que cette projection de l’inconscient ressemble à l’idée de « forme-pensée » que nous avons évoquée plus haut.
D’autre part, il est intéressant de rattacher le fondement FJ aux archétypes de l’anima et de l’animus de la psychanalyse.
Ce que confirme mes travaux sur les rêves en art thérapie.
Ce sont des figures intérieures qui font le lien avec le Soi. Mais l’erreur que Jung dénonce est bien de confondre l’anima avec une femme réelle et l’animus avec un homme réel.
Dans ces cas, l’attirance est présente mais elle bloque le processus d’individuation.
Et l’obsession se créée par inflation archétypale (car la projection s’auto-renforce comme on l’a vu avec la boucle de renforcement).
Pour lui aussi, « l’idée qu’une autre personne soit la clé de notre totalité est l’une des illusions les plus tenaces de la psyché moderne » (et là, il ne parlait que des âmes soeurs).
Si le partenaire est le miroir, il n’est pas la solution.
Le miroir doit être retiré. Pas adoré.
L’amour inconditionnel et l’éco-spiritualité
Regardons maintenant deux courants de sagesses dans lesquels je me suis spécialisée : les 13 Mères Originelles et la Voie de la Rose.
Dans le premier, il existe tout un cycle lunaire dédié à l’enseignement de l’amour.
Il s’agit du cycle de juillet avec Celle qui aime toutes choses.
Malgré ce nom, la 6e Gardienne nous apprend que l’amour inconditionnel n’existe pas sur Terre. Il a besoin de conditions pour fleurir et s’épanouir. Et notamment d’un ingrédient très important :
Le respect.
Respect de Soi mais aussi respect de l’autre.
Et le respect de Soi s’exprime par des limites saines pour établir une certaine confiance qui s’ouvrira, quand le temps sera venu, sur une belle intimité.
Ce cycle d’enseignements couvre aussi la notion de souffrance (comme quoi, on dirait que les deux sont toujours liés…)
Elle nous permet de voir que la peine ne doit pas être rejetée mais traversée.
Elle ne doit pas non plus être spiritualisée. Elle nous montre que ce n’est qu’une fuite de plus. Une fuite des ressentis inconfortables en se réfugiant dans le mental… (tient, tient, ça ne nous rappelle pas un des super pouvoir des « Chasers » ça ?)
Pour la Voie de la Rose aussi, la résolution de la souffrance affective passe par le retour au corps et donc au réel des perceptions et des sensations.
Des enseignements coïncident avec ceux du concept FJ. On y retrouve un profil type d’individus qui manquent d’ancrage et fuient dans le mental (voir les blessures d’abandon, d’impuissance, de trahison et de désamour).
Des blessures qui touchent les chakras de base, les centres subtils dits « inférieurs » et qui empêchent toujours les même points : s’ancrer dans le réel, appartenir, ressentir.
Et les pistes de résolution sont les mêmes que celles des traditions évoquées :
- rétablir les fondements et l’axe vertical de l’être
- retrouver l’essence véritable et lui permettre de s’exprimer authentiquement, au-delà des conditionnements et des attachements.
Un critère de discernement
Parfois, on se complique vraiment la vie, alors que l’on sait très bien que :
—-> ce qui rend dépendant, n’est pas spirituel
—–> ce qui prive de clarté n’est pas intuitif
Un test permet de savoir très simplement où l’on se trouve. Si on revient au corps et qu’on sent que ça resserre, alors on se trouve en face du Kama.
Si au contraire, les sensations sont plus expansives, alors on est « sur la voie du Bouddha ».
Encore faut-il que l’individu puisse être en contact avec son corps et abandonne son comportement réflexe de fuite dans le mental.
Quel futur pour le concept FJ ?
Soyons réalistes, les doctrines romantiques risquent de continuer à bien prospérer.
Parce qu’elles vont continuer à donner du sens à la douleur, à expliquer le vide intérieur par un manque à reconquérir et à transformer la solitude en mission.
Elles offrent une identité spirituelle à des profils qui n’ont pas eu les fondements d’ancrage et d’appartenance pendant l’enfance
Car si Blavatsky voit dans le destin amoureux, un substitut au vrai travail intérieur, Jung conclut en un simple contenu non intégré.
C’est cette idée même qui me donne de l’espoir.
Parce que cela signifie qu’il est possible pour chaque individu, d’intégrer ses blessures et ses charges traumatiques.
Et c’est bien moins compliqué qu’on ne le pense ! Et bien plus drôle et passionnant aussi…
Mes conseils ?
—-> commencer par remplacer les contenus FJ des réseaux par des contenus ciblés sur la limérence, l’attachement ou la dépendance affective par exemple
—-> trouvez un thérapeute spécialisé dans les traumas complexes
—–> ou créez avec moi votre guérison en présence ou en ligne.
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